CHARLOTTE PERRIAND

thumb-blog

1903-1999

Architecte et Designer Française

Artiste plongée dès son plus jeune âge dans le monde de l’artisanat, Charlotte Perriand a su au fil des années se faire une place dans le monde du design. Élevée par une mère couturière et un père tailleur, elle n’hésite pas une seconde à mélanger les matières et les styles dans ses conceptions pour les insérer ensuite dans des coins de salons. Connu pour son expertise d’œuvre d’art et de mobilier Barnie’s estime vos œuvres signées Charlotte Perriand.

Un parcours riche en échanges

Charlotte Perriand a étudié à l’École de l’Union Centrale des Arts Décoratifs de Paris entre 1920 et 1925. En tant qu’architecte et designer, elle décide ensuite d’ouvrir sa propre société de design d’intérieur, une société qu’elle dirigera pendant 10 ans. Il est à noter que Charlotte Perriand était fascinée par le mobilier d’intérieur, cet intérêt et sa curiosité l’ont ainsi amenée à travailler avec Le Corbusier et Jeanneret à Paris, des années 20 aux années 30, en tant qu’associée en charge de l’équipement et du mobilier. C’est grâce à cette expérience qu’elle va renforcer sa technicité, ses références et son savoir.

Des exhibitions prometteuses

Cette artiste se fait connaître dès l’âge de 24 ans alors qu’elle expose son Bar sous le toit au salon d’Automne de Paris. Ce bar est composé notamment d’une banquette en acier chromé spécialement créée pour son appartement atelier de la rue Saint-Sulpice. Cette composition comprenait également des guéridons, des tabourets de bar aux piètements circulaires ou encore des tabourets bas aux piétements cruciformes. C’est grâce à cette exposition que cette artiste se fait acclamer par les critiques puis remarquer par Le Corbusier. Tout ceci mènera Perriand à réaliser la chaise longue LC4, à l’armature en acier, en collaboration avec Le Corbusier et Jeanneret.

Des influences nippones fortes

En 1955, l’exposition « synthèse des arts » prend place au grand magasin de Takashimaya de Tokyo. Durant cette exposition l’artiste va réaliser une nouvelle version de sa chaise longue en lui octroyant cette fois des connotations plus asiatiques. Son idée sera de créer la même chaise longue, mais en bambou et cela de manière artisanale. Son expérience au Japon va être marquante. Elle insufflera un nouvel élan à ses créations et l’inspirera pour la création des étagères Nuages par exemple. Ce souffle artistique nippon se retrouvera dans le reste de ses œuvres et de ses démarches tout au long de sa carrière, un souffle artistique dont Barnie’s saura évaluer toute l’ampleur et toute la finesse.

Une carrière jonchée de rencontres

Charlotte Perriand c’est le design, la conception architecturale, la rationalisation de l’espace, le mobilier aux multiples inspirations, mais c’est aussi et surtout les rencontres. Cette artiste a côtoyé les plus grands, elle a retrouvé Jeanneret et Le Corbusier, elle a rejoint la Galerie Steph Simon au côté de Jean Prouvé, elle collabore avec Serge Mouille ou encore Francis Jourdain, Raymond Templier ou Eileen Gray. Ainsi les années de collaboration, mais aussi l’immersion au cœur de la culture japonaise et l’association avec de nombreux artistes vont influencer son œuvre et lui permettre de valoriser un renouveau des valeurs esthétiques. Un apport spécifique donnant une impulsion nouvelle et une sensibilité moderne au design. Tous ces facteurs sont autant d’éléments que Barnie’s est à même d’estimer la teneur et cela gratuitement. En effet Barnie’s s’engage sur le principe du rachat d’œuvre immédiat et sans commission.

Expertise et estimation Charlotte Perriand

Société d’estimation d’objets d’art, nous recherchons activement les pièces de mobilier design de Charlotte Perriand. Notre équipe d’acheteurs qualifiés se déplace rapidement et réalise une estimation de qualité de toutes vos œuvres de la célèbre Architecte et Designer française.

Charlotte Perriand est connue pour son jeu des matières et des styles, qui se superposent et se mélangent dans la plupart des meubles de sa carrière. On retrouve notamment ces audacieuses associations de modèles dans sa « Bibliothèque Nuage » ou encore dans sa bibliothèque « La maison du Mexique », de 1962, qui offre un sublime mélange de couleurs à la fois vives et douces.

Œuvres réalisées par Charlotte Perriand

Mobilier design

Les principaux livres sur Charlotte Perriand

  • ADLER Laure, Charlotte Perriand, éd. Gallimard, 2019, 272 p.
  • BARSAC Jacques, Charlotte Perriand : L’œuvre complète Volume 1, 1903-1940, éd. Norma, 2015, 528 p.
  • BARSAC Jacques, Charlotte Perriand : L’œuvre complète Volume 2, 1940-1955, éd. Norma, 2015, 526 p.
  • BARSAC Jacques, Charlotte Perriand : L’œuvre complète Volume 3, 1956-1968, éd. Norma, 2017, 527 p.
  • BARSAC Jacques, Charlotte Perriand : L’œuvre complète Volume 4, 1968-1999, éd. Norma, 2019, 528 p.
  • BARSAC Jacques et CHERRUET Sébastien, Le Monde nouveau de Charlotte Perriand, éd. Gallimard, 2019, 396 p.
  • BARSAC Jacques, Charlotte Perriand et le Japon, éd. Norma, 2018, 336 p.
  • BERBARIAN Charles, Charlotte Perriand : Une architecte française au Japon 1940-1942, éd. Chene, 2019, 128 p.
  • COLLECTIF, Perriand Charlotte, un Art d’Habiter, éd. Norma, 2015, 512 p.
  • FLEURY Cynthia, BONY Anne, VERDENNE Elisabeth, Living with Charlotte Perriand, éd. Skira Paris, 2019, 370 p.
  • VERDENNE Elisabeth, Charlotte Perriand, éd. Assouline, 2005, 79 p.

Biographie complète : Charlotte Perriand, créatrice de modernité, entre Orient et Occident

Charlotte Perriand, avant-garde européenne et japonaise, fut une actrice majeure du design. Militante sociale convaincue, tournée vers le bien être de la société, elle fut une créatrice visionnaire dont le dogme a toujours été « L’important ce n’est pas l’objet, mais l’homme ».

Les prémices d’une pionnière de l’art de vivre

La première et la plus célèbre des designers françaises est née le 24 octobre 1903 à Paris. Charlotte Perriand est formée dans l’École des arts décoratifs créée par l’Union centrale des arts décoratifs, grâce à une bourse d’études.

Ce monde était alors inconnu pour la jeune artiste. Elle côtoie les jeunes filles d’origines bourgeoises et y fait notamment la rencontre de Jacqueline Lamba, la future épouse d’André Breton.

Henri Ranpin, peintre, décorateur et illustrateur français est le directeur de l’établissement. Avant de la soutenir, le directeur l’a mis au défi, afin d’intégrer la deuxième année d’étude dans l’école, de noircir plusieurs carnets de dessins durant tout l’été 1921, afin d’évaluer ses capacités créatrices. La jeune femme passe son été au jardin des plantes, et réussit à attirer l’attention de son professeur grâce à des talents artistiques, jusqu’alors insoupçonnés.

Pour Henri Rapin, et Charles Dufresne, peintre et décorateur français, il faut que la jeune artiste se fasse connaître par tous les moyens, ce qui se résume à l’époque à la participation au plus d’expositions possible.

En 1925, se tient l’exposition internationale des arts décoratifs à Paris. Charlotte Perriand est tout juste diplômée et décide d’y participer. Elle présente un « coin salon » et reconnaitra elle-même que son travail d’alors était « très moche ».

En 1926 elle fait la rencontre de son premier mari et tente de faire connaitre son image, notamment avec la préparation de son projet présenté au Salon d’Automne en 1927. Son « bar sous le toit » la fit connaitre à seulement 23 ans. Fascinée par le monde de l’industrie automobile, elle emploie le métal chromé pour ses meubles.

Jean Fouquet, un ami joaillier, lui conseille de lire l’Art décoratif d’aujourd’hui, et Vers l’architecture écrits par Le Corbusier. Ce fut une révélation pour Charlotte Perriand, qui reconnu nombre de ses inspirations et de ses ambitions dans l’œuvre de son ainé.

Charlotte Perriand s’inscrit dans une nouvelle génération d’artistes, qui bouscule les a priori artistiques et tente de fonder une nouvelle approche de la modernité. Ces figures importantes se nomment Sonia Delaunay, Jean Prouvé, Robert Mallet-Stevens, Eileen Grey ou encore Fernand Léger, qu’elle aura la joie de rencontrer tout au long de sa carrière.

Charlotte Perriand et Le Corbusier, une collaboration fructueuse

Elle décide de se rendre dans l’atelier de Le Corbusier, croquis et dessins sous le bras, avec la ferme intention de travailler avec l’architecte. Malheureusement, la rencontre se passe mal et Le Corbusier l’aurait congédié. Charlotte Perriand insiste et lui propose de venir voir son travail exposé au Salon d’Automne.

Accompagné de Pierre Jeanneret, Le Corbusier découvre avec un certain intérêt le travail de Charlotte Perriand. Finalement conquis par cette jeune universitaire, à la vision moderne et inspirante, il décide de lui laisser sa chance et l’embauche dans son atelier en 1927.

Le Corbusier avait ambitionné de créer des « machines à habiter » en imaginant la maison et les espaces à vivre comme un outil, adapté aux besoins de l’homme nouveau. Il s’éloigne du superflu et de l’artifice de l’ornement pour laisser place au fonctionnalisme le plus total. Cette liberté de création plait à Charlotte Perriand, qui renie alors son enseignement universitaire classique, pour entrer dans l’esprit nouveau, l’esprit moderne.

Engagée au sein de l’atelier de Le Corbusier, elle créera pour lui le mobilier le plus moderne et avant-gardiste jamais imaginé à l’époque. Une complicité se crée peu à peu entre Charlotte Perriand et Le Corbusier, malgré les exigences accrues de ce dernier. Elle dira à ce propos « Le Corbusier attendez de moi que je donne vis au mobilier ».

Indépendante et d’un tempérament entreprenant, Charlotte Perriand intègre la Société des artistes décorateurs notamment avec René Herbst, architecte-décorateur et Louis Sognot, décorateur et designer. Ils souhaitent exposer tous les trois au Salon des artistes décorateurs de 1929, mais on leur refuse une exposition commune. Ils quittent donc le groupe et se réunissent chez Hélène Henry, une créatrice de tissus pour fonder une nouvelle association : l’Union des Artistes Modernes (U.A.M.).

Cette association réunit des esprits modernes, des architectes, des ensembliers, des ferronniers, des verriers, des sculpteurs, des affichistes, des tapissiers, des peintres, des journalistes, etc. dans une conception de défense de l’art total. La synthèse des arts est une notion que Charlotte Perriand portera toute sa vie. Parmi les personnalités marquantes de ce groupe se détache Robert Mallet-Stevens, un grand architecte de l’époque, qui a notamment collaboré avec Jean Prouvé.

Déjà, la personnalité de la jeune designer s’affirme. Le groupe qu’elle a formé prévoit que ses membres adhèrent aux principes de l’art social, pur, accessible à tous, afin de s’éloigner d’une imitation pour la vanité de quelques-uns. En 1934, parait leur manifeste écrit par Louis Chéronnet et intitulé : Volonté de doter l’homme du XXe siècle d’un cadre raisonnable.

Charlotte Perriand et les membres de l’Union exposeront chaque année. Fernand Léger, célèbre peintre et artiste moderne du début du XXe siècle se lie d’amitié avec Charlotte Perriand, dès leur première rencontre à l’Ambassade d’Allemagne en 1930. Ils défendaient des idées proches, celles de défendre une nouvelle forme d’art moderne, et un fonctionnalisme agréable au service des gens.

En 1929, se tient le Salon d’Automne auquel Charlotte Perriand participe. Ce salon est l’occasion de présenter son travail révolutionnaire, notamment sa chaise à bascule, épousant la forme du corps. L’objet s’adapte au corps, à son mouvement, et non l’inverse. La firme Thonet accepte alors de produire une partie de son mobilier. Cette étape de démocratisation et d’accessibilité du mobilier moderne est une étape importante permettant de concrétiser le projet d’art social de Charlotte Perriand.

Elle y présente également un système de casiers innovant, aux matériaux variables comme le stratifié ou les feuilles d’aluminium. Les casiers, de dimension rigoureusement identique, sont juxtaposables, et superposables.

D’origine savoyarde, Charlotte Perriand se rend régulièrement à la montagne, et s’adonne notamment à ses loisirs préférés que sont le ski et la photographie. Quelques projets de mobiliers et de décoration d’intérieur y verront le jour, notamment aux Arcs, où elle a travaillé avec Jean Prouvé.

Charlotte Perriand fait peu à peu ses armes auprès de Le Corbusier, qui aura bientôt une confiance aveugle en son travail. En 1930, Le Corbusier est à Moscou pour un ambitieux projet, dont il confiera finalement les rênes à sa protégée. Plus tard, Charlotte participe à la réalisation de résidences particulières auprès de Le Corbusier.

En 1935, elle participe à la présentation de l’œuvre collective intitulée « Maison du jeune homme », à l’exposition universelle de Bruxelles. Le projet présentait les différentes pièces nécessaires à la vie saine d’un jeune homme, sur un plan de 57 min 2 s. Charlotte Perriand réalise la salle d’étude, Louis Sognot la chambre et René Herbst, le gymnase.

En 1936, elle participe au Congrès international d’architecture moderne et part pour la Russie où elle étudie le communisme et tente d’en comprendre les enjeux. Suite aux élections législatives en France, qui donnent le Front Populaire en tête, les commandes officielles affluent pour Charlotte Perriand.

L’architecte publie des articles pour argumenter en faveur de l’équipement moderne et milite pour un art social. Elle explique aux Françaises pourquoi il faut abandonner les meubles traditionnels ornés, qui sont beaucoup trop encombrants contrairement à ses casiers modulables et ergonomiques. Elle s’engage sur les questions sociales et notamment sur la salubrité et l’hygiène dans les villes. Charlotte Perriand participe à ce propos à la construction de nombreux intérieurs tout au long des années 1930, où les gros plateaux de bois font office de tables et où l’usage des matériaux robustes et peu couteux permet aux gens les plus pauvres de vivre décemment.

Peu à peu, Charlotte Perriand se spécialise dans la réalisation d’habitations où n’est gardé que le strict nécessaire, excluant tout superflu et ornement. Elle développe cette vision au sein de son propre appartement de 57 m2 situé au dernier étage d’un immeuble dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris. Cette conception de l’espace est devenue un modèle pour les logements d’urgence d’après guerre.

En 1937, Charlotte Perriand participe à la réalisation du Pavillon des temps nouveaux aux côtés de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret, ainsi qu’au Pavillon de l’agriculture. Elle y réalise des montages et des collages avec l’aide de Fernand Léger.

Cette même année, après dix ans de bons et loyaux services, Charlotte Perriand met fin à sa collaboration avec Le Corbusier, afin de monter des projets avec Pierre Jeanneret et Jean Prouvé.

Charlotte Perriand, pont entre Orient et Occident

Entre 1937 et 1940, Charlotte Perriand fait des projets pour l’entreprise « l’Aluminium français » en collaboration avec Jean Prouvé et Pierre Jeanneret. Elle travaille notamment à des projets immobiliers à Méribel, puis aux Arcs dans les années 1960.
En parallèle, Charlotte Perriand est sollicitée par le rédacteur en chef du journal Le Soir, Jean-Richard Bloc, pour réaliser son bureau. De ce projet nait son fameux bureau avec plateau de forme « boomerang », en sapin, avec un piétement très étonnant et presque sculptural. Elle reprend le bois et les casiers suspendus ainsi que les étagères, qu’elle avait déjà produits.

C’est en février 1940 qu’une proposition vient changer le cours de sa vie et de sa création. Charlotte Perriand reçoit une proposition surprenante d’un ministre japonais, l’invitant à venir au Japon afin d’apporter une aide au pays pour le développement de l’artisanat et de l’industrie sur place. C’est par le biais d’un stagiaire japonais travaillant chez Le Corbusier, nommé Sakakura, que le nom de la jeune Designer fut mis en avant pour réaliser cette mission.

Le Japon à l’époque est encore un pays très mystérieux, fort de ses traditions et de ses coutumes, que les Européens maitrisent très peu. Elle hésite à partir et quitter la France, ainsi que ses proches pour une durée indéterminée, en ces temps troublés, mais Fernand Léger, va vite dissiper ses craintes. Charlotte Perriand part pour le Japon et s’exclame : « Je vais occuper une place que les boschs n’auront pas ».

Sur place, Charlotte Perriand découvre une autre façon de voir le monde et comprend qu’au Japon les traditions remontent aux sources des choses : elle part alors à la quête des sources de l’objet, comprenant que celui-ci est important pour tous les aspects du quotidien.

Passionnée de photographie, Charlotte Perriand photographie ses sources d’inspiration au Japon et s’intéresse à de nouveaux matériaux comme le bambou. Elle étudie ses caractéristiques et l’utilise bientôt pour réaliser son mobilier, résistant et souple, par le biais de techniques anciennes japonaises. Sa célèbre chaise longue de repos en métal chromé est désormais réalisée à partir de bambou et de bois.

Charlotte Perriand, redécouvre la paille, le bois, qu’elle inclut dans son mobilier. Elle travaille des matériaux que les premiers modernes avaient rejetés au profit du métal et d’autres matières innovantes comme le plastique.

C’est dans ce dialogue entre tradition et modernité que Charlotte Perriand trouve l’équilibre de sa création. La dimension artisanale au Japon est encore très importante et très respectée à l’époque où les meilleurs artisans étaient surnommés les « dieux vivants », comme les Hamada, célèbres céramistes de l’époque. Elle découvre l’architecture traditionnelle japonaise et y retrouve le principe des tatamis d’une dimension rigoureusement établi, les panneaux coulissants, etc. Cette logique est d’une très grande modernité et Charlotte Perriand y adhère aisément.

En 1941, Charlotte décide de monter une exposition à Tokyo, intitulée « Sélection-Tradition-Création » en collaboration avec les grands magasins au Japon : Takashimaya. Elle interroge l’artisanat japonais, sélectionne ses innovations modernistes, et l’expose.

Elle vit au Japon pendant toute la Seconde Guerre mondiale, fait la rencontre de Jacques Martin, son futur mari, avec qui elle aura une fille, Pernette. C’est en 1945 que Charlotte Perriand retourne enfin en France. Elle renoue avec Le Corbusier et lui apporte son aide pour le projet de l’unité d’habitation à Marseille. Elle intègre dans ce projet des portes coulissantes traditionnellement utilisées au Japon, ainsi qu’une ouverture et un éclatement de l’espace.

À son retour en France, Charlotte Perriand fait également face à la détresse et à la misère sociale. Elle souhaite être associée à des projets de reconstruction, pas seulement pour la création de mobilier, mais aussi pour la reconstruction des bâtiments. Formée en tant qu’architecte auprès de Le Corbusier, elle n’était cependant pas diplômée et méprisait l’ordre des architectes créé sous Pétain. Elle regrettera toute sa vie de ne pas avoir été reconnue comme architecte professionnelle, car il est difficile de dissocier mobilier et immobilier.

En 1952, Charlotte Perriand signe un contrat d’atelier avec les ateliers Jean Prouvé qui lui confièrent deux missions en tant que directrice artistique du département des meubles. La première était d’améliorer l’esthétique et les dimensions pratiques des meubles de Jean Prouvé. La seconde consistait à apporter de nouveaux meubles en fabrication en série à l’usine.

Ils travaillent ensemble à la confection de nouveaux meubles comme les bibliothèques « Tunisie » et « Mexique ». Mais bientôt les ateliers Jean Prouvé, qui éditaient le mobilier de Charlotte Perriand, connaissent des difficultés.

Elle se tourne alors vers Steph Simon et sa galerie sur le boulevard Saint-Germain, qui lui édite ses meubles à partir de 1956. Pendant dix ans, la galerie Steph Simon sera un phare dans le domaine de la création artistique moderne.

En 1955, la designer retourne au Japon, car son mari est nommé directeur de l’Agence Air France à Tokyo. Là, elle réalise l’aménagement des locaux de l’agence et renoue contact avec ses amis japonais. Elle propose la tenue d’une exposition alliant les céramiques de Fernand Léger, aux tapisseries de Le Corbusier, aux peintures du jeune Soulages.

Dix ans plus tard, Charlotte Perriand réalise l’aménagement de la résidence de l’ambassadeur du Japon, Akira Matsui, à Paris. Le mobilier de style moderne est fidèle à son style épuré et avant-gardiste. À son mobilier se mêlent des objets d’art importés du Japon.

En 1973, Charlotte Perriand réalise la « Maison du thé », dans les jardins de l’Escaut à Paris. Là, elle tire la leçon de tous les enseignements appris au cours de son long séjour en Asie : les voilages côtoient le mobilier en bambou, et les cloisons à la japonaise. Ce projet constitue le point final de l’aventure japonaise de Charlotte Perriand.

Son style a souvent été repris, copié, revisité, car la créatrice inspire par ses formes fonctionnalistes nouvelles. Très ouverte à la jeune génération de designers, Charlotte Perriand a longtemps enseigné son art aux nouvelles générations de designers. Elle les encourageait à imposer leur vision de la modernité, avec toujours l’idée que l’homme est au cœur de tout. Elle disait à ce propos : « On a tendance à faire un objet, pour l’objet, l’homme est absent, mais attention il ne faut pas se tromper de sujet ».

Charlotte Perriand s’est éteinte à l’âge de 96 ans le 27 octobre 1999, laissant derrière elle, une vision moderne de l’aménagement intérieur et du design, dont le modèle lui survivra longtemps encore.