PIERRE SOULAGES

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1919 –

Peintre Français

Né en décembre 1919 à Rodez dans l’Aveyron, Pierre Soulage est un des grands maîtres de la peinture française. En réalisant plus de 1 550 tableaux, il a su s’imposer en créant des jeux de lumière et de couleur. Mais Pierre Soulages c’est avant tout une figure majeure de l’abstraction. Dès 1947, en présentant ses brous de noix au Salon des Surindépendants, il va attirer les regards sur des compositions charpentées. En effet, les œuvres présentées par l’artiste sont composées de larges tracés bruns différents de la peinture néo-fauviste.

Des matériaux riches de sens

Suite à ses premières expositions, Pierre Soulages va rencontrer Hans Hartung, mais également le très talentueux Francis Picabia. Au-delà d’une reconnaissance croissante, il est important de noter toute la simplicité avec laquelle l’artiste élabore ses toiles : il utilise notamment, dans un contexte encore difficile, un médium peu coûteux comme le brou de noix, mais cela n’en retire en rien tout son style. Le résultat donne des constructions décomplexées dont le geste sobre de l’artiste révèle le contenu d’une énergie forte.

La quête du noir

Pierre Soulage est avant tout un peintre du noir et de la lumière. Au fil des années, il a su s’imposer et se faire reconnaître comme l’une des figures françaises contemporaines incontournables. Des éléments sont à noter notamment sa relation au noir, c’est en 1979 que le peintre, graveur invente l’Outrenoir. Le fait de se concentrer sur une couleur lui permet de réussir la conception d’un espace pictural qui semble se situer à l’opposé de monochromes traditionnels. De cette manière et grâce à ses recherches sur le noir, il entretient une relation à la lumière qui en fait le plus grand artiste français actuel.

Le rapport entre œuvre et spectateur

« Je ne représente pas, je présente » tels sont les mots de l’artiste pour décrire sa démarche lors d’un entretien avec Françoise Jaunin. Tout comme lorsqu’il parle de ses représentations d’arbres, la silhouette n’est pas apparente, seule restent présentes l’énergie structurelle et la manière dont la structure occupe la toile. Le but est avant tout de faire en sorte que les bandes fassent corps avec le support. C’est dans les reflets de la matière noire qu’il modélise à la surface de ses toiles que de l’ombre surgit la lumière. L’exemple des Outrenoirs en est la parfaite modélisation. L’artiste y cherche avant tout à obtenir des nuances de gris à partir de la brillance perceptible dans le relief de la peinture. Ainsi Soulages va faire ressortir un mouvement et des contrastes au grès des déplacements du spectateur.

Expertise et estimation Pierre Soulages

Barnie’s recherche activement les œuvres de Pierre Soulages. Nos équipes se déplacent rapidement pour réaliser une expertise de qualité et une estimation fiable de vos peintures du peintre français.

Pierre Soulages et ses œuvres sont de véritables génies d’abstraction. L’amour du noir et de ses formes brutes continue encore aujourd’hui de fasciner. La manière de peindre de Soulages, avec vigueur, dans un geste viscéral est inimitable. Le tableau « Peinture 162 x 130 cm, 14 décembre, 1958 » ou encore la toile « Peinture 130 x 89 cm, 8 septembre 1965 » illustrent à merveille toute la force et l’énergie de ce peintre emblématique.

Œuvres réalisées par Pierre Soulages

Peinture

Estampe — Multiple

Pierre Soulages, un artiste à la vitrine internationale

Expositions

  • 1947, Les Surindépendants, Parc des Expositions, Paris, France.
  • 1948, galerie Lydia Conti, Paris, France.
  • 1948, « Peinture abstraite française » à Stuttgart, exposition itinérante à Munich, Dusseldorf, Hanovre, Hambourg, Francfort et Fribourg, Allemagne.
  • 1951, « Pierre Soulages », galerie Birch, Copenhague, Danemark.
  • 1952, « Pierre Soulages », galerie Stangl, Munich, Allemagne.
  • 1954, 1955, 1957, 1959, 1961, 1964, 1965, galerie Kootz, New York, États-Unis.
  • 1955, « Pierre Soulages Paintings », galerie Gimpel Fils, Londres, Royaume-Uni.
  • 1955, La première Documenta, Exposition universelle de l’art contemporain, Cassel, Allemagne.
  • 1956, 1960 « Soulages », galerie de France, Paris, France.
  • 1968, « Pierre Soulages — Paintings since 1963 », exposition itinérante à Buffalo, Pittsburgh, et New York, États-Unis.
  • 1974, « Pierre Soulages », Atelier des Halles, Paris, France.
  • 1989, « Soulages : 40 ans de peinture », exposition itinérante à Nantes, Valence et Kassel.
  • 2001, « Lumière du noir », musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg, Russie.
  • 2005, « Outrenoir, recent paintings », Robert Miller Gallery, New York, États-Unis.
  • 2009, « Soulages au Salon Carré du Louvre », Musée du Louvre, Paris, France.
  • 2016, « Pierre Soulages, le noir », Museum Folkwang, Essen, Allemagne.
  • 2017, « Les Soulages du Centre Pompidou », musée Soulages, Rodez, France.
  • 2019, « Soulages au Louvre », Cours Carré du Louvre, Paris, France.
  • 2020, « Pierre Soulages la puissance créatrice », espace lympia, Nice, France.

Rétrospectives

  • 1960, Hanovre, Allemagne.
  • 1963, Copenhague, Danemark.
  • 1966, Houston, États-Unis.
  • 1967, « Pierre Soulages, rétrospective », Musée national d’art moderne, Paris, France.
  • 1989, « Pierre Soulages — 40 ans de peinture » à Kassel, puis au Musée IVAM de Valence puis à Nantes en France.
  • 1994, «  Une rétrospective », Palais des Beaux-Arts de Chine (Meschuguan), Pékin, Chine.
  • 1996, « Soulages noir lumière », Musée d’Art moderne de la ville de Paris, Paris, France. Exposition reproduite à México, en Corée du Sud et en Allemagne.
  • 2009-2010, rétrospective Pierre Soulages, Centre Georges Pompidou, Paris.

Musées

  • Musée Soulages, Rodez, inauguré en 2014.
  • Musée Fabre, Montpellier, aile consacrée à l’artiste depuis 2007.
  • Centre Georges Pompidou, Paris.
  • MoMA, New York, États-Unis.

Fondations

  • Fondation Pierre Gianadaa, Martigny, Suisse, fondée en 1976.
  • Fondation Louis Vuitton, Paris, France, fondée en 2006.
  • Fondation Jean-Claude Gandur, fondée en 2010.

Les principaux livres sur Pierre Soulages

  • BADIOU Alain, Pierre Soulages : Un peintre affirmationniste, éd. Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, 2019, 24 p.
  • BOBIN Christian, Pierre, éd. Gallimard, 2019, 104 p.
  • DUBORGEL Bruno, Pierre Soulages Conques : la Lumière Révélée, ed.Bernard Chauveau, 2014, 48 p.
  • ENCREVÉ Pierre, Peintures (1946-2006), éd. Seuil, 2007, 480 p.
  • ENCREVÉ Pierre, L’œuvre complet. Peintures : 1946-1959, tome 1, éd. Seuil, 1994
  • ENCREVÉ Pierre, L’œuvre complet. Peintures : 1959-1978, tome 2, éd. Seuil, 1995, 336 p.
  • ENCREVÉ Pierre, L’œuvre complet. Peintures : 1978-1997, tome 3, éd. Seuil, 1998, 350 p.
  • ENCREVÉ Pierre, L’œuvre complet. Peintures : 1997-2013, tome 4, éd. Gallimard, 2015, 464 p.
  • FLECK Robert et OBRIST Hans Ulrich, Pierre soulages, éd. Manuella, 2017, 189 p.
  • JAUNIN Françoise, Pierre Soulages : Outrenoir, éd. La bibliothèque des arts, 2012, 158 p.
  • PACQUEMENT Alfred et NORA Pierre, Soulages au Louvre, éd. Gallimard, 2019, 166 p.
  • PACQUEMENT Alfred et ENCREVÉ Pierre, Soulages, éd. Centre Pompidou, 2009, 245 p.
  • VAILLAND Roger, Comment travaille Pierre Soulages?, éd. Le temps des cerises, 2012, 46 p.

 

Biographie complète : Pierre Soulages, un artiste français à la renommée séculaire et internationale

Lors d’une conférence à l’école du Louvre en 1984, Pierre Soulages explique son cheminement artistique :

« Très tôt j’ai pratiqué une peinture qui abandonnait l’image, et que je n’ai jamais considéré comme un langage (…). Ni image, ni langage. »

Cette vision de l’art a fait de lui le peintre français contemporain le plus célèbre du marché de l’art. Cent ans après sa naissance, le maître du noir et de la lumière fait toujours autant parler de lui. L’occasion de revenir sur un parcours artistique et une destinée humaine hors du commun.

Une destinée artistique semée d’embuche

Pierre Soulages est né le 24 décembre 1919 à Rodez dans l’Aveyron. Très jeune il s’intéresse au domaine archéologique, arpente les allées du musée Fenaille, et commence à exercer son talent artistique à travers la pratique du dessin et de la peinture. Ce besoin de créer devient vite quotidien.

Adolescent, Soulages suit des cours de dessin au lycée Foch de sa ville natale, puis entre à l’École des beaux-arts de Montpellier au début des années 1940. Le jeune artiste peut alors compter sur le soutien de sa mère, malgré une situation financière précaire et son statut de veuve.

En 1938, Soulages se rend à Paris où il s’inscrit aux cours de René Jaudon pour intégrer l’École nationale des beaux-arts, afin de préparer le concours de professorat de dessin. Il obtient son diplôme, mais stupéfait par l’académisme froid et le manque d’innovation de la part de ses pairs, Pierre Soulages décide de quitter l’enseignement. Il poursuit alors sa quête artistique seul, avec la bénédiction de son ancien professeur, loin des mouvances modernes autour de l’Académie Ranson ou de l’Académie Julian. Pierre Soulages souhaite une destinée hors des conventions.

Francisco de Zurbarán, Pedro de Campaña, Courbet et bien d’autres ont inspiré les créations de Pierre Soulages. Au-delà de la technique, ce sont souvent les variations de couleurs et la liberté de création qui captivent l’artiste. Les couleurs acidulées de Francisco de Zurbarán, la lumière dans les peintures de Véronèse et notamment dans le brocart de la robe de Sainte-Catherine dans son célèbre tableau « Mariage mystique de Sainte-Catherine », peint vers 1560.

C’est à Paris qu’il est marqué par des expositions rétrospectives sur l’œuvre de Paul Cézanne et de Pablo Picasso. La fascination pour ces artistes pousse Pierre Soulages à persévérer dans le domaine artistique. Mais très vite le manque d’argent et la montée du fascisme le poussent à retourner vivre à Rodez auprès de sa mère et de sa sœur. Entre désillusions et bonheur de retrouver les siens, ses sentiments sont partagés et son avenir artistique incertain.

La guerre fait rage en Europe, le jeune artiste est envoyé à Bordeaux puis à Nyons, servir pour l’effort de guerre. Il est démobilisé au début de l’année 1941 et part à Montpellier où il s’inscrit à l’École des beaux-arts afin de poursuivre son rêve de devenir professeur de dessin. Il passe ses journées au musée Fabre où il côtoie les chefs-d’œuvre de Pedro de Campaña, Francisco de Zurbarán et de Gustave Courbet.

Cette même année, il fait la rencontre de Colette Llaurens, qu’il épouse un an plus tard. C’est le début d’une collaboration artistique et d’un amour sans faille.

En 1942, sous l’Occupation allemande, les jeunes hommes en bonne santé sont envoyés en Allemagne afin de réaliser le Service du Travail Obligatoire dans les usines, mais Pierre Soulages fera exception à la règle. La période de l’Occupation fut synonyme d’insoumission certes, de la part de l’artiste, mais aussi de peur et d’appréhension tant la menace de la déportation en Allemagne pesait sur lui.

Pierre Soulages décide de partir pour le sud de la France avec de faux papiers. Il travaille en tant que régisseur dans le vignoble du mas de la Valsière, où il fait la rencontre de l’écrivain Joseph Delteil, l’une des figures marquantes de la vie de l’artiste. Joseph Delteil devient très vite son ami le plus proche et lui présente Sonia Delaunay, une figure marquante de l’art abstrait au XXe siècle.

En 1944, Pierre Soulages se rend à Toulouse, où il fait la connaissance de Jean Cassou, poète et fondateur du Musée national d’art moderne. En 1945 son beau-père lui propose le poste de directeur au sein de son entreprise d’import-export. Ce poste lui aurait assuré un train de vie très confortable et une vie calme, mais Pierre Soulages, convaincu que sa place est ailleurs, refuse et retourne à Paris.

À Paris, Pierre Soulages prône un art à l’opposé des trois paradigmes de l’art de son temps que sont, le colorisme (défendu par Fernand Léger, Henri Matisse ou encore Pablo Picasso), les signes expressifs, universellement perceptibles, ainsi qu’une perception encore trop objective de l’art. Umberto Eco parle de l’art de Pierre Soulages comme d’une « œuvre ouverte ».

Dès le début de sa création artistique, Pierre Soulages utilise des instruments de peintres, mais également des instruments de chantier, consistant en un véritable travail de construction autour d’un projet défini par ses émotions. Il maçonne, arrache, écrase, lisse, pour créer.

Après la guerre, Pierre Soulages s’installe avec Colette à Courbevoie puis rue Schœlcher à Paris. Ils vivent très modestement et connaissent la misère sociale et la disette de l’après-guerre, mais se nourrissent de leurs ambitions artistiques.

Très vite débarrassé de l’influence des modernes, Pierre Soulages crée et mûrit sa propre vision de la représentation artistique, refusant la couleur, il met en œuvre des compositions de signes hiératiques. Le peintre est soutenu en cela notamment par Francis Picabia et Hans Hartung. Ce dernier qu’il rencontre à l’exposition des Surindépendants en 1947 va durablement influencer sa création artistique. Ils se rejoignent sur l’idée que le dogmatisme de l’art abstrait doit être dépassé, le débat devant s’élever pour un renouveau artistique certain, dont ils seront les fers de lance. C’est grâce à Hans Hartung que Pierre Soulages rencontre Lydia Conti, galeriste, qui sera la première à lui donner une vitrine de choix.

La vie de Soulages est marquée de rencontres essentielles d’un point de vue artistique comme en 1948 où il fait la connaissance de Fred et Yves Klein, mais aussi de Gérard Schneider et d’autres, avec qui il va enfin pouvoir goûter à la notoriété.

L’avenir éclairé d’un maître du noir

Pierre Soulages connait enfin le succès à partir de 1948 avec l’achat, par différentes galeries d’art, musées, ainsi que part des collectionneurs de certaines de ses œuvres comme « Peinture 146 x 97 cm, 10 janvier 1951 », par le directeur du Musée d’Art moderne de la ville de New York : Alfred Barr. Cette peinture est aujourd’hui exposée au musée Fabre.

C’est à partir de 1950 que les titres de ses tableaux ne se résument qu’à leurs descriptions et à leurs jours de réalisation. Cette période est celle de l’harmonisation pour l’artiste, qui défend un peu plus sa monochromie, celle du noir. Cette même année, l’État français achète pour la première fois une œuvre de l’artiste.

Les années 1950 marquent la prospérité et la reconnaissance du travail de Pierre Soulages. Il fait installer un atelier à Sète, proche du musée Paul Valéry et un second rue Galande à Paris dès 1957. Attaché au sud de la France et à la région de Montpellier, Soulages trouve vite un intérêt à rencontrer des artistes importants localement, des acteurs du mouvement Supports/Surfaces comme Saytour et Meurice.

Les années 1950 marquent également une évolution du support de création. Pierre Soulages se consacre toujours à la peinture qui restera son médium de prédilection, mais débute un travail d’expression artistique sur d’autres supports, créant ainsi des eaux-fortes, et des lithographies.

L’artiste évoque le pouvoir de la peinture, emplie de sensations et d’émotions, son seul but étant de les transmettre avec le plus de véracité possible : « La réalité d’une œuvre c’est la manière qu’elle a d’être un tout cohérent, vivant, chargé de pouvoir (…) Les matières, les couleurs les rythmes (…) qui constituent une peinture non figurative ont (…) un pouvoir d’émotion. »

Les évènements se succèdent. Pierre Soulages est contacté par le marchand Samuel Kootz, qui met en valeur sa production artistique et devient son représentant. Le succès ne se fait pas attendre et le maître continue d’exposer tout autour du monde, d’abord à Cassel en Allemagne en 1955 à la première documenta, puis à Londres et à la galerie Charpentier à Paris.

Au-delà des frontières, un succès sans faille

Le succès de Pierre Soulages en France fut tardif et ce n’est qu’en 1967 qu’eu lieu la première exposition rétrospective de son œuvre au Musée national d’art moderne de Paris. En Allemagne le peintre était déjà connu et collectionné dès la fin des années 1940 notamment grâce à l’exposition en 1948 « Peinture abstraite française » à Stuttgart, puis montrée dans les musées de Munich, Dusseldorf, Hanovre, Hambourg, Francfort et Fribourg.

Parti à la conquête des États-Unis, il y rencontre de nombreux artistes, à la renommée grandissante, notamment Willem de Kooning, Mark Rothko ou encore William Baziotes. Bien que l’artiste continue de vivre en France, les Américains se prennent de passion pour l’artiste, et une rétrospective de son œuvre est présentée au musée de Houston en 1966.

Apprécié des amateurs d’art américains, Pierre Soulages est très vite exposé dans la galerie Betty Parsons à New York. Cette vitrine fut le point de départ du succès outre-Atlantique de l’artiste. Approché par un conservateur du Musée d’Art moderne de la ville de New York, James Johnson Sweeney, puis par Sidney Janis, le directeur de l’une des plus grandes galeries new-yorkaises, Pierre Soulages ne boude pas son succès. Il vit alors de son œuvre non pas en France, mais aux États-Unis et en Allemagne. André Chastel écrivait à ce propos comme pour confirmé ce succès à l’international que « Soulages est probablement plus connu et plus admiré à l’étranger qu’en France ».

Entre retour aux sources et innovations

Pierre Soulages trouve sa place en France dans les années 1960 et dispose alors de vitrines importantes dans des galeries d’art moderne, notamment à Paris. Bientôt les États-Unis et l’Allemagne lui tournent le dos, notamment lors de l’exposition en 1964 à la troisième Documenta de Cassel en Allemagne. Moqué pour son travail jugé répétitif et trop lyrique. Bientôt le pop art aux États-Unis détrône l’œuvre révolutionnaire de Pierre Soulages, avant un retour en grâce dans les années 1970.

Si le succès est moindre, le mythe n’est pas mort pour autant. De nombreuses expositions rétrospectives à Houston, et en Amérique latine, ainsi que le soutien des galeries en France, permettent à Pierre Soulages de continuer à vivre de son art.

Les années 1960 marquèrent un tournant dans la création artistique de l’artiste. Ses œuvres empruntent de néofiguratisme se renouvèlent, sans jamais que l’artiste ne se s’éloigne de sa conception subjective de l’art. Pierre Soulages a osé renverser les données de sa peinture, soutenu en cela par sa renommée internationale, certes fluctuante, mais toujours assurée.

Au tout début des années 1980, Pierre Soulages renverse une fois de plus les codes de son œuvre par la création de tableaux monopigmentaires. L’intérêt pour les œuvres du peintre fut relancé notamment grâce à une succession d’expositions dont la première s’est tenue à Cassel en 1989, et a été présentée notamment à Valence en Espagne et à Nantes. Puis la rétrospective de 1996 au Musée d’Art moderne de la ville de Paris finit de relancer son succès en France. Ses expositions s’exportaient dans le monde entier. La plus impressionnante de toutes fut certainement celle réalisée aux anciennes halles de marché de Hambourg, qui fit dire à Soulages que c’était « le plus bel espace (qu’il n’ait) jamais eu ».

Son travail sur les vitraux de l’abbatial de Conques en 1994, ainsi que la rétrospective qui lui a été consacrée deux ans plus tard, finirent d’ériger Pierre Soulages en tant qu’artiste français incontournable sur la scène nationale et internationale.

L’apogée d’un mythe vivant de la peinture contemporaine française

L’art de Soulages murit dans les années 1960 notamment avec la production de 21 toiles « macrographiques » (terme inventé par Harold Rosenberg). Le Musée national d’art moderne de Paris présente la première exposition Soulages en 1967, qui est un succès sans précédent. Dix ans plus tard, les œuvres de Pierre Soulages sont exposées au centre Pompidou dès son inauguration.

Son atelier (qui est encore le même actuellement) est déplacé rue Maubert à Paris en 1974. En 1975, l’artiste expose ses toiles à travers le monde, de Lisbonne à Dakar en passant par Paris. Le musée Fabre lui consacre une exposition parallèle à celle organisée par la galerie Frédéric Bazille en 1975. C’est également le point de départ pour Pierre Soulages de son entrée dans les collections du musée qui compte aujourd’hui 34 de ses toiles.

En 1979, Soulages débute ses expériences sur ce qu’il appellera plus tard « l’outrenoir ». Il en parle en ces termes « Outrenoir : noir qui cessant de l’être devient émetteur de clarté, de lumière secrète. Outrenoir : un autre champ mental que celui du simple noir. » Il peint alors des tableaux où le blanc et le noir se répondent jusqu’à ce que le noir envahisse toute la surface de sa toile.

Au-delà de sa création, l’artiste devient un personnage public connu pour ses talents et la grandeur de son œuvre. Il devient membre en 1983 du conseil d’administration du Grand Louvre. Plus tard certaines de ses œuvres et notamment deux grandes tapisseries réalisées par ses soins seront exposées au ministère des Finances.

En 1987 on lui confie un chantier qui marquera un tournant dans sa production artistique : il réalise les vitraux de l’abbatiale de Sainte-Foy de Conques qui a su mettre en évidence son travail sur la lumière. Ces « diffuseurs de lumière » permettent de se plonger dans le travail infini des variations lumineuses.

En 1989 une grande rétrospective de son œuvre lui est consacrée à Cassel en Allemagne, où 34 ans plus tôt il exposait pour la première fois ses œuvres.

En 1994, le premier volume du catalogue raisonné de l’œuvre de Pierre Soulages est publié par l’un des plus grands spécialistes de son art : Pierre Encrevé. Cette même année, les vitraux de l’abbatiale de Sainte-Foy sont inaugurés, offrant une luminosité incomparable à des amateurs toujours convaincus du génie de Pierre Soulages.

La ville de Rodez devient au début des années 2000 le berceau de l’art de Pierre Soulages. Le couple fait don à la ville d’une vingtaine de toiles constituant aujourd’hui le fond du musée portant le nom de l’artiste, inauguré en 2014. Cette collection, qui est l’une des plus importantes comprend aujourd’hui des toiles, mais également des bronzes et d’autres objets d’art créés par ses soins.

Ses dernières toiles datant du début des années 2000 sont plus légères, avec le noir comme source d’inspiration constante depuis 70 ans. L’artiste met en avant des traits de couleurs ocre, voire blanc horizontales, qui perturbe à peine la monochromie noire qui fait sa renommée.

À l’occasion du centenaire de l’artiste, le 24 décembre 2019, le Musée du Louvre lui rend hommage à travers une exposition qui est entièrement consacrée à son génie dans le Salon Carré du plus grand musée français.